L’Art -et la Science !- du Bien-Être

Finies les heures sur le divan à ressasser ses frustrations : au contraire des courants historiques, la psychologie positive propose un nouvel art du bien-être, faisant fi des zones d’ombre. Comment s’épanouir véritablement sans tomber dans le »culte du bonheur »? Le point avec un expert.

La science du bonheur

Qualifiée de "science du bonheur", la psychologie positive cartonne aux Etats-Unis. Ce courant, fondé au début des années 2000 et pris très au sérieux par la communauté scientifique, se focalise principalement sur les composantes du bien-être : relations humaines, optimisme, altruisme, sens, réussite ou encore estime de soi. Nombreux en sont les champs d’application, dans la sphère privée ou professionnelle.

«J’ai décidé d’être heureux parce que c’est bon pour la santé», écrivait Voltaire. C’est aussi le mantra de Robert Rosales, consultant, formateur et coach en leadership positif. Premier Suisse doté d’un «Master in Applied Positive Psychology» (MAPP) de l’Université de Pennsylvanie, berceau de la discipline, il accompagne les entreprises souhaitant implémenter une démarche positive dans la gestion de leurs collaborateurs et répond à nos questions.

Comment peut-on définir la psychologie positive?

La psychologie positive est la science du fonctionnement optimal des personnes, des groupes et des institutions. Son objectif est d’aider les individus à identifier et cultiver leurs qualités et talents afin de vivre épanoui. La «théorie du bien-être» formulée par Martin Seligman, l’un des fondateurs de la discipline, recense cinq composantes : les émotions positives, l’engagement, les relations personnelles constructives, le sens, et l’accomplissement de soi.

Ne tient-elle pas de l'utopie?

Est-ce utopique d’aspirer au bien-être et à une vie épanouie? Le bonheur n’est-il pas un but légitime ? Peut-on être heureux durablement ? Autant de questions essentielles inhérentes à l’homme. Chacun de nous désire plus de bonheur pour soi et ses proches mais, pour y parvenir, il s’agit de construire du bien-être et pas juste de réduire la souffrance. Or, nous tendons à confondre poursuite du bonheur et recherche du plaisir par la satisfaction de désirs matériels. Le paradoxe est que la quête du bonheur comme fin en soi est souvent un obstacle à sa venue. Il est donc important d’étudier et de cultiver ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue.

Quels sont les champs d'application dans la vie quotidienne?

La psychologie positive met en avant des techniques qui permettent d’augmenter véritablement le bien-être. Par exemple, le programme de résilience de l’université de Pennsylvanie est appliqué dans certaines écoles en Australie et aux États-Unis depuis plus de vingt ans. Il apprend aux élèves à faire face aux problèmes du quotidien en abordant les difficultés avec plus de souplesse et de réalisme, et les initie à la gestion du stress, l’affirmation de soi et la prise de décision. Les effets positifs du bien-être sur la santé physique et mentale, la résilience, la longévité, les relations humaines, ou la productivité ne sont plus à démontrer.

Comment peut-on l'utiliser dans le monde professionnel?

Qui ne rêve d’une activité professionnelle idéale alliant confiance, respect, sens, convivialité et opportunité de développement ? La réalité est, hélas, toute autre. Un rapport de l’organisation Gallup relève qu’en Suisse seuls 16% des salariés donnent le meilleur d’eux-mêmes au travail alors que 76% contribuent marginalement aux résultats de l’entreprise. Plus grave encore, 8% des agents sont «activement désengagés», voire même hostiles à leur employeur. Nombre d’entreprises aborde avec frilosité l’enjeu du bien-être de ses collaborateurs. Or, les nouvelles générations sont avant tout demandeuses de satisfaction au travail, flexibilité des horaires, autonomie, et de rapports sociaux au sein même de l’entreprise. Il est donc temps de dépasser les systèmes de motivation obsolètes reposant sur l’archaïque carotte et bâton.

DE PLUS EN PLUS D'ENTREPRISES AMÉRICAINES UTILISENT CES PRINCIPES POUR GAGNER EN EFFICACITÉ. QUELS SONT LES RÉSULTATS CONCRETS?

En tête du palmarès 2016 des entreprises où il fait bon travailler, Google, Facebook, Airbnb ou Linkedin ont adopté une culture de collaboration, de confiance, d’initiative et de prise de responsabilité qui stimule l’engagement et l’épanouissement des salariés, mais aussi leur performance. L’entreprise positive représente en effet un «business model» qui établit un lien direct entre bien-être et performance. En d’autres termes, c’est parce que l’entreprise se montre concernée par le ressenti de ses employés que ceux-ci opèrent à leur meilleur niveau. La productivité augmente, l’absentéisme baisse, les clients sont satisfaits, induisant une performance économique optimale. La psychologie positive implique en entreprise un véritable changement de perspective visant à développer la force de caractère et le talent de chacun, la motivation au travail ou encore le leadership positif basé sur respect et considération. Et, en définitive, elle prouve que des collaborateurs heureux, c’est excellent pour la santé … de l’entreprise également !

 

This article authored by Robert Rosales was originally published by AGEFI.com in September 9, 2016